
Fiscalité et TVA
TVA en Suisse : assujettissement, déclarations et déductions pour PME
Une entreprise dont le siège est en Suisse est en principe assujettie à la TVA si trois conditions sont réunies.
Faut-il vraiment s'inscrire ? Le seuil de CHF 100'000 et la notion d'activité entrepreneuriale
Une entreprise dont le siège est en Suisse est en principe assujettie à la TVA si trois conditions sont réunies. Elle exerce à titre indépendant une activité professionnelle ou commerciale, agit en son propre nom face aux tiers et entend tirer de ses prestations des recettes durables.
Est déterminante l'activité réellement exercée, non la forme juridique — raison individuelle, société de personnes, société de capitaux, association — ni l'existence d'un bénéfice. Une jeune entreprise déficitaire peut donc être assujettie.
Deuxième filtre, quantitatif : le seuil décisif est de CHF 100'000 de chiffre d'affaires annuel mondial. Il se calcule sur les prestations soumises à la TVA selon la loi fédérale régissant la taxe sur la valeur ajoutée (LTVA, art. 10). Le calcul est global : les recettes encaissées à l'étranger comptent. Le seul chiffre d'affaires suisse ne suffit pas.
Une fois le seuil atteint, l'Administration fédérale des contributions (AFC) recommande vivement de remplir le questionnaire d'inscription pour établir l'assujettissement obligatoire.
Passer le seuil TVA ne déclenche pas automatiquement de modification au Registre du commerce. L'obligation TVA est fiscale ; le Registre du commerce reflète la structure juridique et l'organisation formelle. Les deux dossiers se traitent séparément, même si une croissance qui fait franchir les CHF 100'000 s'accompagne souvent d'autres adaptations structurelles.
Sous le seuil, l'entreprise est libérée de l'assujettissement, sauf renonciation. Elle peut demander son inscription volontaire au registre des assujettis. L'option est courante en cas d'impôt préalable élevé sur les investissements ou les achats : elle rend la déduction possible, en échange des obligations déclaratives et de la facturation de la TVA à la clientèle.
Enfin, l'assujettissement n'est jamais définitif. Si les conditions de l'assujettissement obligatoire ne sont plus réunies, l'entreprise peut demander sa radiation du registre. Réexaminez régulièrement votre situation, notamment après une baisse d'activité, la fin d'un mandat important ou une réorientation du modèle d'affaires.
Avantages et inconvénients de l'inscription volontaire à la TVA
- AvantagesPermet de déduire la TVA sur les achats professionnels ; renforce la crédibilité auprès des clients ; utile pour les investissements importants.
- InconvénientsObligation de facturer la TVA à la clientèle ; obligations déclaratives régulières ; risque de contrôle fiscal.
Situations qui modifient le calcul : associations, entreprises étrangères, impôt sur les acquisitions
Toutes les PME ne relèvent pas du même régime. Pour les sociétés sportives ou culturelles sans but lucratif et gérées bénévolement, le seuil déterminant est plus élevé : CHF 250'000 issus de prestations réalisées sur le territoire suisse. Une association culturelle ou un club sportif animé par des bénévoles ne part donc pas de CHF 100'000.
Les critères de gestion bénévole et d'absence de but lucratif sont à prendre au sérieux. Dès qu'une structure professionnalise sa gestion ou poursuit un but lucratif, le régime ordinaire s'applique.
Les entreprises établies à l'étranger qui fournissent des prestations en Suisse suivent une logique propre. Depuis le 1er janvier 2018, elles sont obligatoirement assujetties à la TVA en Suisse.
Condition : réaliser, en Suisse et à l'étranger, un chiffre d'affaires annuel d'au moins CHF 100'000 provenant de prestations non exclues du champ de l'impôt. Les critères généraux restent les mêmes : exploiter une entreprise, agir de façon indépendante pour obtenir des recettes durables et apparaître envers les tiers comme agissant en son propre nom.
D'autres entreprises étrangères échappent à l'assujettissement. C'est notamment le cas de celles qui fournissent en Suisse exclusivement des prestations exonérées de la TVA et des prestations de services soumises à l'impôt sur les acquisitions.
En revanche, une entreprise étrangère qui exécute en Suisse une livraison relevant d'un contrat d'entreprise est assujettie dès que le chiffre d'affaires annuel déterminant est atteint, qu'elle fournisse le matériel ou non.
À consulter : les publications de l'AFC (Info TVA 02 Assujettissement à la TVA, Info TVA 06 Lieu de la fourniture de la prestation, Info TVA 22 Entreprises étrangères) et celle de l'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières sur les livraisons relevant d'un contrat d'entreprise.
L'impôt sur les acquisitions est un troisième angle d'attention. L'AFC publie une information dédiée, distincte de l'assujettissement ordinaire. Avant de remplir le questionnaire d'inscription, vérifiez si vous relevez du schéma standard ou d'un régime dérogatoire, en consultant les informations de l'AFC.
Dernier point : les prestations exclues du champ de la TVA ne suivent pas le régime des prestations exonérées. Elles excluent en principe la déduction de l'impôt préalable sur les dépenses correspondantes. Les prestations exonérées obéissent à une autre logique.
Seuils d'assujettissement à la TVA en Suisse selon les catégories d'entreprises
- Entreprise standard
- CHF 100'000 annuel
- Association culturelle ou sportive bénévole
- CHF 250'000 annuel (en Suisse)
- Entreprise étrangère (prestations en Suisse)
- CHF 100'000 annuel
Appliquer le bon taux et calculer juste : 8,1 %, 2,6 %, 3,8 %
La Suisse compte trois taux de TVA : 8,1 % (taux normal), 2,6 % (taux réduit) et 3,8 % (taux spécial de l'hébergement). En vigueur depuis le 1er janvier 2024, ils s'appliquent dans tous les cantons. Ils ne dépendent ni de la forme juridique de l'entreprise ni de son canton d'implantation.
Ils découlent de l'ajustement entré en vigueur à cette date : le taux normal est passé de 7,7 % à 8,1 %, le taux réduit de 2,5 % à 2,6 % et le taux spécial hébergement de 3,7 % à 3,8 %.
Le taux normal de 8,1 % s'applique à la plupart des livraisons de biens et prestations de services qui ne relèvent pas expressément du taux réduit ou spécial. Il couvre notamment : conseil, informatique et logiciels, expertise, ingénierie, travaux, véhicules, réparations et entretien, vêtements, produits manufacturés, commerce en ligne, alcool et restauration sur place.
Le taux réduit de 2,6 % vise notamment les denrées alimentaires — sauf les boissons alcoolisées —, les médicaments, les livres et journaux et les aliments pour animaux, sous réserve des règles propres à chaque prestation. Depuis le 1er janvier 2025, les produits d'hygiène menstruelle bénéficient aussi du taux réduit.
Le taux spécial de 3,8 % s'applique à l'hébergement, petit-déjeuner directement lié à la nuitée compris même s'il est facturé séparément.
Attention aux frontières : un repas au restaurant relève normalement du taux normal de 8,1 %, tandis que la vente à emporter de denrées alimentaires peut relever du taux réduit si les conditions sont réunies. À l'hôtel, le petit-déjeuner suit le logement, mais les autres repas ne bénéficient pas automatiquement du taux spécial.
Pour calculer, partez du montant hors taxe (HT) : TVA = HT × taux ÷ 100 ; TTC = HT × (1 + taux ÷ 100). Pour CHF 1'000 HT au taux normal, la TVA est de CHF 81 et le prix TTC de CHF 1'081.
Pour retrouver le HT depuis un montant TTC, divisez : HT = TTC ÷ (1 + taux ÷ 100), puis TVA = TTC − HT. Sur CHF 1'081 TTC à 8,1 %, on retrouve CHF 1'000 HT et CHF 81 de taxe comprise.
L'erreur classique : soustraire le taux du montant TTC pour retrouver le HT. C'est faux, car la TVA se calcule sur le HT. Sur CHF 1'081 TTC au taux normal, il ne faut pas retirer 8,1 % du TTC, mais diviser par 1,081.
Autre réflexe : une facture qui mélange plusieurs taux — denrées alimentaires au taux réduit et articles non alimentaires au taux normal, par exemple — se calcule ligne par ligne, par catégorie, avant d'additionner les montants TTC.
Ce que votre PME peut réellement déduire (et ce qu'elle ne peut pas)
Avec la méthode effective, l'entreprise assujettie facture la TVA sur ses ventes. Elle déduit la TVA récupérable payée sur ses achats professionnels lorsque les conditions sont remplies. Elle verse ensuite la différence à l'Administration fédérale des contributions. C'est le consommateur final qui supporte économiquement la taxe ; l'entreprise la collecte pour le compte de la Confédération.
Exemple : une société facture CHF 10'000 hors taxe de prestations au taux normal, soit CHF 810 de TVA collectée. Sur la même période, elle paie CHF 324 de TVA récupérable sur ses dépenses professionnelles. Elle verse à l'AFC CHF 810 - CHF 324 = CHF 486.
Toute la TVA payée sur les achats n'est pas récupérable. Deux conditions : la dépense doit se rattacher à une activité qui ouvre la déduction et l'entreprise doit disposer d'un justificatif correct. La part privée est exclue de la déduction : les frais mixtes, véhicules ou locaux utilisés aussi à des fins personnelles, doivent être ventilés.
Certaines prestations sont exclues du champ de la TVA. Elles n'ouvrent en principe pas la déduction de l'impôt préalable sur les dépenses correspondantes : notamment certaines prestations de santé, d'enseignement, d'assurance ou de banque.
À l'inverse, une exportation correctement documentée est facturée sans TVA suisse tout en conservant, en principe, la déduction. La documentation est décisive : sans justificatif exploitable, la déduction est contestable même si la dépense est en lien direct avec l'activité.
En pratique, triez vos dépenses avec trois questions : servent-elles une activité qui ouvre la déduction ? Disposez-vous d'une facture conforme mentionnant la TVA et les informations requises ? La dépense comporte-t-elle une part privée à isoler ? Appliqués en continu plutôt qu'au bouclement, ces réflexes réduisent fortement les corrections lors d'un contrôle TVA.
Vérifications à faire avant de déduire la TVA sur une dépense
- La dépense sert-elle une activité assujettie à la TVA ?
- Disposez-vous d'une facture conforme mentionnant la TVA ?
- Y a-t-il une part privée à isoler (ex.véhicule, local) ?
Déclarer sans stress : inscription, décomptes et échéances auprès de l'AFC
Le parcours commence par l'inscription au registre des assujettis. L'AFC propose une procédure en ligne intitulée « Détermination de l'assujettissement à la TVA et inscription » : elle permet de transmettre ses données et de savoir si l'assujettissement obligatoire est donné.
Une fois inscrite, l'entreprise reçoit son numéro TVA et peut décompter. La radiation s'obtient sur demande lorsque les conditions de l'assujettissement obligatoire ne sont plus remplies.
Côté outils, « Décompte TVA easy » n'est plus disponible. L'AFC a transféré ses principaux services numériques vers son nouveau portail. Vu le renforcement des exigences de sécurité, les utilisatrices et utilisateurs de « Décompte TVA easy » doivent passer à « Décompte TVA pro ». L'AFC publie un guide d'enregistrement étape par étape pour cette migration. Anticipez ce passage plutôt que de le découvrir à l'approche d'une échéance.
Le volet déclaratif comprend aussi le décompte rectificatif, la concordance annuelle et la conversion des opérations en monnaies étrangères. L'AFC publie les cours de change applicables, avec un cours du jour et un cours mensuel moyen.
Selon son volume et son type d'activité, l'entreprise peut relever de méthodes simplifiées. L'AFC publie aussi des taux de la dette fiscale nette et des taux forfaitaires à côté de la méthode effective.
Depuis 2025, certaines entreprises peuvent demander un décompte annuel. Ce mode n'a pas supprimé les acomptes : ils continuent d'être versés pendant l'année, le décompte annuel régularisant la situation. L'entreprise qui envisage ce passage doit vérifier les conditions et organiser sa trésorerie.
Pour les échéances et paiements, l'AFC publie des informations sur les échéances, la demande de prolongation d'un délai, les intérêts moratoire et rémunératoire et les mesures de recouvrement légales. En cas de difficulté ponctuelle, préparez la demande de prolongation avant l'échéance, pas après.
Enfin, l'AFC délivre sur demande des attestations TVA : attestation d'entreprise, attestation d'inscription et attestation de paiement. Elles sont souvent réclamées lors d'appels d'offres ou dans les relations avec de grands clients.
Les changements d'adresse du siège, d'adresse de correspondance ou de nom suivent aussi une procédure spécifique auprès de l'AFC. Tenir ces données à jour évite que des courriers officiels — et donc des délais — passent à la trappe.
Procédure d'inscription à la TVA pour une PME suisse
- Remplir le questionnaire en ligne sur le portail de l'AFC
- Recevoir la décision d'assujettissement ou non
- Obtenir son numéro TVA et activer le décompte
- Passer à « Décompte TVA pro » si nécessaire

